Puy de Dôme 2016

Au-dessus des nuages du Massif Central,

trois jours en solo pour confirmer la belle réputation de ses chaines de montagnes.

 

Jour 1 – Mardi 20 Décembre 2016

      8h : Départ vers le Col du Guéry. Enfin presque. Presque, car même si tout est prêt, le Partner (refuge à moteur) m’inquiète un peu et ayant eu des problèmes la veille, je fais une dernière vérification, tout est ok.

Avec un temps de parole partagé à 50-50 entre Radio Nova et NTM, les trois premières heures de route filent à toute vitesse, mais ce ne sera pas le cas de la deuxième partie du trajet. Du moins jusqu’à ce que je rencontre des paysages de plus en plus beaux. Ayant (un peu trop) l’habitude de m’arrêter dès que je croise un point de vue ou une lumière qui me plait pour la photographier, je m’étais promis de ne pas faire trop de pauses pour pouvoir profiter du coucher de soleil à mon arrivée. Mais un premier lac que je croise à une heure de la destination me fait de l’œil et j’y opère mes premiers déclenchements.

Quelques taches blanches sur le bord de la route me sautent aux yeux. Aucune trace de neige en Auvergne depuis Avril dernier pourtant. Bon. Un virage de plus me fait tomber nez à nez avec une première chaine de montagne, à ma grande surprise, totalement immaculée de blanc.

Fait avéré : le Massif Central a subit ses premières neiges de la saison 2016-2017 la nuit dernière.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Et toute cette neige ne m’arrange pas vraiment, je comptais bien avoir quelques traces de neige sur les plus hauts sommets, mais le fait que tout soit recouvert de 20cm après 1200m d’altitude bouleverse quelque peu mon programme : je ne suis tout simplement pas équipé pour faire de la rando dans ces conditions ! Mais bon, advienne que pourra ! Et puis merde c’est beau ! Les routes en lacets et côtes à 8% sont de plus en plus inquiétantes, mais le vrai danger réside dans le fait de fixer mon regard sur la route, tant les monts enneigés du Massif Central se dessinent de plus en plus dans toute leur immensité. Le GPS m’indique que mon trajet s’arrête ici.

Des années que mes pieds n’ont pas foulé une telle épaisseur de flocons. Après m’avoir chargé mon matériel photo sur le dos, je fais quelques mètres et découvre les roches Tuillière et Sadanoire, gigantesques, au loin. Mais je les distingue à peine à travers la chute de neige et la brume. Ces deux facteurs ne me laissent pas photographier comme je voudrais. Mais pas de soucis, j’aurai d’autres occasions, espérons que le temps soit plus clément demain. Mais finalement : rien de plus ennuyant à photographier qu’un ciel bleu uni, je ne suis donc pas trop à plaindre… Après un bref passage dans ce qui ressemble à un grand chalet, ou cabane du montagnard, le maitre des lieux m’indique que la neige se sera calmée d’ici demain, je devrais pouvoir rouler sans trop de problème jusqu’au Puy de la Tache. Il me montre aussi les détails des routes des environs sur une carte du coin, mais Google Earth m’a déjà bien briefé.

Le Lac de Guéry m’attend 500m plus bas, j’y passe brièvement pour repérer les lieux avant que la nuit tombe. J’arrive à distinguer les hauteurs que surplombent le lac partiellement gelé, entre neige, glace et brume l’ambiance est au top mais mon boitier photo n’est pas d’accord, la brume est trop présente, je repasserai demain matin.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Il fait noir, j’installe le partner au mieux pour passer ma première nuit dedans, petite tambouille au calme et dodo !

Jour 2 – Mercredi 21 Décembre 2016

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Une brève escale à la voiture pour prendre une bouffée de chauffage et me voilà reparti vers le lac de Guéry. Dans de meilleures conditions cette fois, le temps est clair et me laisse entrevoir le potentiel du lieu au complet.

Puy de Dôme 2016

Hésitation : Par des températures négatives, les routes sont-elles praticables pour me rendre au Puy de la Tache ? Les quelques voitures passant à allure normale à une dizaine de mètres de là me laissent penser que oui. La route jusqu’à ma destination se déroule sans embuche. Mais je me fais dépasser par tous les côtés : Ou les habitant du coin aiment les sensations fortes, ou ma conduite sur ces routes enneigées est excessivement hésitante. Question d’habitude je suppose. Le Puy de la Tache se dresse devant moi. c’est immense, mais lorsque, dans le décor, mon regard tombe sur un arbre ayant échappé à la neige pour me donner une échelle, je me rends compte que c’est encore bien plus grand. Après les 100 premiers mètres d’ascension, je dois bien avouer que ça grimpe vraiment. Seulement équipé de vieilles chaussures de sport, je ne me rends encore compte à quel point je vais envier les autre randonneurs que je vais croiser par la suite d’avoir des raquettes adaptées. Le chemin est glissant et la montée laborieuse. Mais c’est la descente que m’inquiète le plus. Enfin arrivé au sommet, je me heurte à un vent aussi glacial que violent, mais la vue est superbe, autant la chaine de montagne enneigée que la mer de nuages s’étendant à perte de vue.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

C’est alors que des traces particulières qui interpellent mon attention. Presque sans aucun doute, vue la forme et la direction qu’elles prennent vers un col impraticable pour un homme, ce sont celles d’un ours! Je ne vais peut être pas m’attarder d’avantage et entamer ma descente plus rapidement que prévu.

Here we go. Lentement mais sûrement, j’y arrive. Je croise quelques groupes de randonneurs un peu moins lève-tôt que moi. Cà y est, je retrouve la voiture à échelle humaine, je peux me changer et retrouver des sensations dans mes orteils congelés.

Avant de redescendre en voiture vers le Mordor, ha non pardon, le Mont-dore, je fais une halte thé chaud dans une chaleureuse auberge de laquelle je vous écris. Il fait bien chaud ici, je vais rester un peu profiter de ma boisson et du canapé.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Pour le sunset de ce soir, j’aimerais prendre un peu de hauteur sur le village par le col du Cuzeau. Hélas, après quelques centaines de mètres au-dessus du Mont-Dore, mon habitat motorisé et moi-même sommes confrontés à un soucis de taille : à partir d’ici, la route n’est pas déneigée et je ne suis évidemment pas équipé en pneus neige. Dilèmne. Le héros du jour (ce que je croyais) est un viel homme dans une petite voiture qui s’engouffre sur la poudreuse sans aucun soucis et semble m’ouvrir la voie. S’il l’a fait, pourquoi pas moi ?! Ni une ni deux je me lance à mon tour. Tout se déroule bien à 20km/h jusqu’à ce fameux virage (on s’y attendait n’est ce pas ?). La voiture patine et glisse vers le fossé, même à l’arrêt. Après un paquet de tentatives, pas moyen de faire bouger le Partner. C’est la merde! Personne d’autre que le petit vieux qui m’a induit en erreur ne semble assez fou pour s’aventurer ici, je dois me débrouiller car je ne compte pas passer la nuit ici. Quelques tours autour du véhicule immobilisé me laissent entrevoir une solution. La moitié de ma réserve d’eau y sera passée pour faire fondre la neige sous mes roues, puis un nouvel essai plus malin que les autres me décoince. Pas question de retenter l’expérience, je guide la voiture à reculons à travers la petite route sinueuse pour regagner le bitume déneigé. Je ne veux pas rater le coucher de soleil et j’ai perdu du temps. Au loin les nuages commencent à gagner les montagnes, petite pause photo.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Je viens tout juste de rejoindre mon point dodo, au pied du massif du Sancy. Il fait nuit noire et la brume disparait aussi vite qu’elle était arrivée, laissant place à un de mes spectacles préférés : un superbe ciel étoilé. Superbe superbe superbe. L’altitude libère le ciel de la pollution lumineuse et des nuages bas : les conditions sont optimales pour quelques essais d’astrophoto. Je pense que le résultat me plaira.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Il est 21h, rideau !

Jour 3 – Jeudi 22 décembre 2016

7h, j’ai dormis 9h30, cool. La nuit a été quelques degrés plus chaude que la dernière, et à 0°c ça fait la différence ! Ouf, aucune brume, la buée sur les vitres de la voiture m’a induit en erreur. La mise en route est plus longue que prévu, en partie à cause de ces putains de raquettes pas évidentes à enfiler la première fois. Je passe par la Val de Courre, les 400m de dénivelé, c’est ici, c’est maintenant !

200m de parcourus. Je commence à comprendre l’ampleur de ce qui m’attends… La neige à recouvert toute trace de passage auparavant, du coup, j’avance un peu au feeling en m’enfonçant de 20cm à chaque pas. Le Val de Courre se dévoile à moi et c’est franchement magnifique. Les nuages colorés de rose se dessinent par-dessus les montagnes. Pour l’instant c’est le panorama que j’ai préféré, sans hésiter ! J’aimerais arriver en haut pour capter les premières lueurs du soleil mais ça parait compliqué. Premièrement, l’ascension est très exigeante physiquement, et deuxièmement, je m’arrête régulièrement pour sortir mon reflex ou pour reprendre mon souffle.

Puy de Dôme 2016

Il y a quelque chose de très spécial dans la randonnée en montagne : à chaque pause dans l’ascension, si on regarde en arrière, le paysage s’étend de plus en plus, on monte vite, c’est certain, mais si on regarde devant, le chemin se rapproche et nous apparait de plus en plus à échelle humaine, et nous rappelle que c’est encore loin.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

En m’approchant du sommet de cette partie de mon itinéraire la pente est de plus en plus raide, mais force de motivation j’y parvient. Comme sur le Puy de la Tache je me prends deux claques dans la face : le vent super-froid super-violent, et la vue à plusieurs centaines de kms. Difficile de la contempler plus longtemps.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Direction le pic du Sancy (1886m) ! Les corniches sont minuscules et donnent sur du vide, mieux vaut ne pas tomber, je suis super concentré et attentif pour savoir où je mets les pieds.

Encore quelques efforts, notamment pour escalader une partie du chemin, raquettes à la main. Je ne suis pas très rassuré, le vide est mon seul compagnon lorsque j’escalade ces parois gelées. Mais bon, ça m’apprendra à me lancer seul dans cet itinéraire que je ne connaissais pas du tout haha. Pour ma défense, je ne pouvais pas savoir que les premières neiges allaient arriver en même temps que moi dans la région ! Petite pause eau/casse-croûte bien méritée en face du sommet que je rattrape de plus en plus. Dernière ligne droite (Quoi que pas si droite que ça), j’y suis !

Puy de Dôme 2016

Je vois la station Sancy à ma gauche, et à ma droite, cet escalier géant pour profiter de la vue à 100%, ce serait bête de ne pas faire ce dernier effort après être arrivé là. En raquette, l’escalier est assez compliqué à aborder. La vue est grandiose, au loin je distingue le paysage que la neige a épargné par soucis de trop basse altitude. J’en fait profiter mes boitiers photo, même si à l’écran le rendu est un peu plat à mon goût.

Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016
Puy de Dôme 2016

Je redescends vers la station de laquelle je prendrai le téléphérique pour rejoindre la terre ferme quelques kms plus loin, et surtout 400m plus bas. Je n’ai foutrement aucune idée de comment fonctionne le téléphérique. C’est comme un tram dans le sens de la hauteur ? Presque. La seule similitude vient du tiquet obligatoire, or, je n’ai pas de tiquet. Un gars qui bosse dans la station dit qu’il peut m’accompagner en bas après son café, cool. 7,50€ la descente. Bien moins cool.

La nacelle nous fait rejoindre le pied de la montagne en 3 minutes. 3 minutes !!! J’ai mis 3 heures pour monter !!!

Voilà, je passe remettre les raquettes, je rejoint mon mini-camion et je redescends un peu sur terre (au sens figuré aussi).

Je vais bientôt pouvoir entamer la route du retour. J’ai hate de voir mes images. Comme c’est sur la route, je rend une dernière visite aux roches Tuillière et Sanadoire en espérant un lumière différente, et effectivement, la neige à cette altitude s’est bien dissipée. Quelques derniers clichés pour terminer mon périple au même endroit que je l’avais commencé, la boucle est bouclée.

Je reproduirai l’expérience vers une nouvelle destination d’ici quelques mois !

En attendant, 700 km en perspective. Youpi.